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Les fonctionnaires sont-ils condamnés à l’absurdité ? Est-ce un maux spécifiquement moderne et français, ou une tare universelle ?En observant la lourdeur administrative actuelle, il est tentant de croire que la rigidité bureaucratique est une invention récente ou une exception culturelle française. Le Journal d’un fou offre une réponse cinglante : non, l’absurdité bureaucratique est universelle et intemporelle.Pour Nicolas Gogol, le système administratif ne se contente pas de ralentir les choses ; il déshumanise. En plongeant le lecteur dans le quotidien d’Aksenti Poprichtchine, un petit copiste de plumes au XIXᵉ siècle à Saint-Pétersbourg.Gogol démontre que la bureaucratie transforme les hommes en rouages d’une machine ridicule, où le titre et le rang remplacent la dignité humaine.Dans le livre, la réponse se trouve dans la dégradation progressive du journal intime d’Aksenti. Au début, l’absurdité réside dans l’obsession du détail insignifiant (tailler des plumes pour le directeur, adorer une hiérarchie inaccessible). Puis, incapable de supporter cette humiliation sociale permanente, l’esprit du fonctionnaire se brise : la logique bureaucratique se mue en délire pur, où les chiens s’écrivent des lettres et où un modeste greffier devient le roi d’Espagne. Gogol montre que face à un système stérile, la folie devient la seule échappatoire logique.